Entre le communisme et la finance, Hollande a fait son choix
« Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France. »
Cette sentence définitive n’émane pas d’un représentant de la droite (que n’aurait-on dit alors…) mais elle est le fruit d’une réflexion de Monsieur François HOLLANDE, candidat socialiste à l’élection présidentielle.
La phrase, particulièrement dédaigneuse vis-à -vis des sympathisants et militants communistes, a été prononcée au cœur de la City, le temple des marchés, par celui-là même qui se présente comme le véritable champion de la gauche, la voix des « sans-grades » face aux « riches ».
Grand pourfendeur et ennemi résolu de la finance dans l’Hexagone, le candidat socialiste a semble-t-il changé son fusil d’épaule en traversant la Manche pour aller rassurer en Grande-Bretagne les marchés internationaux qu’il livrait à la vindicte populaire il y a quelques jours encore, lors de son premier meeting de campagne.
Loin des militants socialistes, exit les envolées lyriques et les intonations guerrières...
Au moment de « montrer patte blanche » aux tenants du grand capital, Monsieur HOLLANDE décrète soudain que le communisme n’a plus sa place en France, renvoyant ainsi à un banal rôle de figurants toutes celles et tous ceux qui se revendiquent de cette idéologie dans les cortèges de manifestants, les sections syndicales, les municipalités ou bien simplement dans les urnes.
En faisant aussi sèchement le ménage sur sa gauche dans le seul but de s’attirer les bonnes grâces du monde de la finance, le candidat socialiste est-il à ce point assuré de la soumission absolue d’alliés traditionnels aussi encombrants pour son image qu’indispensables pour son avenir électoral ?
Certes, si le bâton autoritaire du candidat s’abat aujourd’hui avec rudesse sur le dos du peuple communiste, il ne fait guère de doutes que quelques promesses de carottes ministérielles atténueront demain l’indignation des leaders du Front de Gauche.
Mais l’attitude hautaine de Monsieur HOLLANDE est clairement révélatrice du rapport de forces qui s’est instauré depuis plusieurs années au sein de la gauche, notamment dans les exécutifs locaux ou régionaux dirigés par les socialistes où les élus communistes apparaissent souvent comme de simples supplétifs soumis à un devoir de réserve qui confine parfois à l’autocensure, sous le couvert d’une solidarité de bon aloi.
Et à voir régulièrement les représentants communistes enfoncer leur poing dans la poche par-dessus leurs idéaux pour des miettes de gouvernance commune avec les socialistes, on peut effectivement se demander si, tous comptes faits, les alliances électorales contre-nature et les éternels ralliements sans surprise ne précipitent pas en vérité l'extinction du communisme dans notre pays.
Au final, la sentence de François HOLLANDE est peut-être moins une bourde qu’un lapsus révélateur de l'état de la gauche en France.
Les élus socialistes cumulards contre l'avis des militants ?
L’affaire du cumul des mandats au sein du Parti Socialiste, à laquelle le blog Couramiaud.fr a consacré différents articles depuis plusieurs semaines (voir le dernier article), fait aujourd’hui la une de la presse départementale.
Pour mémoire, il convient de rappeler que les militants du PS ont démocratiquement décidé que tout dirigeant socialiste d’un exécutif local devrait systématiquement renoncer à ses fonctions en septembre 2012 s'il venait à être élu député en juin, et ce, indépendamment de la position des autres mouvements politiques sur le sujet. Cette disposition s'applique aussi aux sénateurs socialistes élus en 2011.
Dans la Loire, pas moins de cinq candidats socialistes sur six sont susceptibles d'être concernés par cette règle de limitation du cumul des mandats au terme des prochaines élections législatives.
Parmi ces candidats, Madame Laure DEROCHE, maire de Roanne, a déjà clairement laissé entendre qu’elle ne voit aucun inconvénient à cumuler plusieurs mandats, même si cela va à l’encontre de la décision des militants de son parti et de ses promesses électorales de 2008 comme ses opposants ne manquent pas de le souligner.
Ce reniement d’un engagement collectif qui dépasse les seuls intérêts de Madame DEROCHE a choqué de nombreux militants socialistes du pays roannais qui attendaient sans doute mieux de la part d’une élue locale censée incarner une nouvelle pratique du pouvoir.
Moins précis sur ses intentions que sa collègue de Roanne, le maire de Saint-Chamond se contente pour sa part de réaffirmer son opposition personnelle au cumul des mandats tout en évoquant paradoxalement la possibilité d’y recourir en 2012.
Avançant le prétexte qu’il ne s’agit pas d’une priorité des Français, Monsieur KIZIRIAN semble ainsi suggérer que les élus socialistes pourraient s’autoriser à cumuler les mandats en dépit des obligations qui leur sont imposées par leurs propres militants et de leur hostilité déclarée à l'égard de cette pratique jugée contestable.
Voilà un raisonnement équivoque qui fait bien peu de cas de la démocratie interne au sein du Parti Socialiste.
Signataire de la règle de non cumul des mandats avec la grande majorité des militants socialistes, le maire de Saint-Chamond voudrait aujourd’hui s’affranchir de l’obligation qui en découle, à savoir abandonner son fauteuil de maire s’il veut siéger sur les bancs de l’assemblée nationale.
Personne ne lui a donc dit au PS que la signature de la règle pouvait aussi l’engager à l’appliquer ?
Ou alors la limitation du cumul des mandats décidée par les militants est-elle un engagement à la carte que chacun des élus socialistes peut modeler à sa guise, selon ses propres convenances ?
Non, en vérité, les différents arguments en faveur du cumul des mandats auxquels s’accrochent les candidats socialistes manquent singulièrement de cohérence.
Leurs justifications alambiquées ne sont absolument pas recevables sauf à admettre que les élus du PS peuvent se libérer comme bon leur semble des règles édictées démocratiquement par leurs militants ; sauf à présumer aussi que les valeurs et le projet de gouvernance défendus par la base ne vont pas au-delà de privilèges d'intérêt supérieur que s’accordent entre eux les notables du Parti Socialiste.
Une question se pose alors : comment des candidats qui ne respecteraient pas les engagements pris devant leurs propres militants pourraient-ils apparaître crédibles d’une quelconque façon aux yeux des Français ?
D'ailleurs, comment pourraient-ils même prétendre représenter celles et ceux, parmi le peuple socialiste, qui attendent d'eux une pratique irréprochable du pouvoir, fondée sur le respect des promesses faites ?


