Le PS de Saint-Chamond et sa loi du silence

Dans un article élégamment intitulé « Quand on ne sait pas… on la ferme ! », la section PS de Saint-Chamond a récemment souhaité apporter sur son site internet une réponse à un article du blog Couramiaud.fr qui traitait du coût des primaires socialistes pour les contribuables de notre ville.
En effet, il y a quelques jours, ce blog s’interrogeait sur le fait de mettre gracieusement des salles municipales à disposition du Parti Socialiste, à Saint-Chamond comme ailleurs, afin d’organiser des élections très clairement revendiquées de gauche et conditionnées à un versement préalable d’argent, aussi minime soit-il.
Même si le Couramiaud.fr n'aura pas eu les honneurs qu'il mérite dans le droit de réponse du PS, et malgré un ton pour le moins discourtois, la démarche de la section socialiste locale sera paradoxalement saluée : elle contribue d'une part à faire sortir le débat politique du cadre intimiste de l'assemblée municipale et elle crée d'autre part les conditions de confrontations d'idées directes et moins aseptisées que de coutume.
Ceci étant dit, intéressons nous maintenant à ce droit de réponse...
Une fois passées les amabilités d’usage, le message du PS peut être ramené à ces quelques lignes (assez peu flatteuses pour la parité) : « Désolés messieurs mais l'argent des contribuables ne servira pas à financer l'organisation des primaires socialistes citoyennes des 9 et 16 Octobre prochains. »
Référence est ensuite faite à une circulaire établissant que la loi autorise les municipalités à « mettre à disposition d’un parti politique des locaux selon les conditions habituelles de mise à disposition des propriétés communales, qu’il s’agisse de lieux servant habituellement de bureau de vote ou tout autre local communal. »
Croyant enfoncer le clou dans le flanc de votre serviteur, le porte-parole du PS local fait alors malicieusement remarquer que « la mise à disposition à titre gracieux de la Salle Roger Baudy place Louis Comte à été adoptée à l'unanimité des groupes de la majorité et de l'opposition lors du dernier Conseil municipal. »
La belle affaire… Les deux groupes d’opposition se seraient levés comme un seul homme pour ovationner le maire ou bien seraient montés sur les tables du conseil municipal pour danser le french cancan avec leurs collègues de gauche que cela n’aurait rien changé au fond du problème.
Car en croyant asséner des « vérités » bien pesantes sous le couvert d’une circulaire qui n’a été ni ignorée, ni contredite à aucun moment, la gauche locale ne fait que reprendre et confirmer les arguments qu’elle récuse !
Que dit-elle en effet ? Que la mise à disposition de la salle Roger Baudy pour les primaires socialistes est légale, et que la municipalité a décidé unanimement de ne pas faire payer au PS le coût de son utilisation comme la loi l’y autorise (sans que la gratuité soit cependant une obligation).
Nous sommes d'accord. Il en résulte par conséquent que les coûts d’usage de cette salle municipale, même peu élevés, seront mécaniquement pris en charge par la collectivité, donc par les contribuables qui en assurent le financement, contrairement à ce qu'affirme le PS saint-chamonais. CQFD.
La légalité de la mise à disposition n’est absolument pas contestable et n’est d’ailleurs pas contestée.
Mais quand la population et les associations saint-chamonaises sont appelées par nos élus à se serrer la ceinture dans un contexte difficile, quand la gauche municipale n’a pas hésité à imposer une pression fiscale insupportable pour les ménages et les entreprises en période de crise et quand les socialistes se posent en moralisateurs permanents de la vie publique, il aurait semblé plus juste et plus responsable, voire seulement cohérent, que le PS prenne l’initiative d’assumer solidairement tous les frais liés à l'utilisation d'une salle communale pour organiser un scrutin visant à désigner son (ou sa) candidat(e) présidentiel(le).
Le Parti Socialiste n’a pas souhaité faire ce petit geste élémentaire pour soulager les finances de notre municipalité. Dont acte.
Et le fait que la règle profite d'une façon égale à tous les partis politiques n'en exonère aucun de ses propres devoirs de solidarité vis-à -vis de la collectivité quand celle-ci est confrontée à de graves difficultés, et surtout pas ceux qui se font les chantres d’une république irréprochable.
Quant aux autres griefs des socialistes locaux, je tiens à les remercier sincèrement, en plus de leur fidélité à mon blog, d’avoir répondu aux interrogations qui pouvaient exister sur le financement des différentes manifestations organisées par la gauche dans notre ville, à savoir les Assises Nationales de Démocratie et Socialisme et la Fête de la Rose (dont le souvenir m’a effectivement fait défaut. Allez savoir pourquoi…).
Et puisque la section locale du PS se propose de mettre librement à ma disposition l'ensemble des factures acquittées auprès de la ville de Saint-Chamond à l’occasion des manifestations précitées, c’est avec plaisir que j’accepte cette offre : merci par avance de transmettre une copie des factures en question par e-mail Ã
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; s'il y a lieu, elles seront publiées et dûment commentées afin de compléter l’information des lecteurs de ce blog de la façon la plus équitable possible.
Par la même occasion, comme les responsables socialistes locaux entendent subitement faire preuve à la fois de transparence, de sincérité et d’objectivité, il convient de leur rappeler qu’au-delà du mode de financement des primaires socialistes, d’autres questions restent en suspens et attendent toujours quelques éclaircissements.
Les nombreux lecteurs de ce blog seraient par exemple ravis de connaître leur position sur l'introduction (même à dose homéopathique) d’une forme de suffrage censitaire moyenâgeux dans nos démocraties modernes ou bien sur l’articulation de la candidature du maire de Saint-Chamond pour les prochaines élections législatives avec les dispositions votées au sein du PS qui rendent impossible le cumul des mandats pour ses élus à partir de 2012.
Voilà deux interrogations intéressantes auxquelles le PS couramiaud pourrait apporter une réponse afin d'instruire nos concitoyens sur le fonctionnement de notre démocratie.
D'ailleurs, pour rebondir sur l’invective des socialistes locaux à l’égard du blog Couramiaud.fr, qu’entendent-ils donc promouvoir comme principe démocratique lorsqu'ils lancent un lapidaire « Quand on ne sait pas… on la ferme ! » à un simple citoyen qui défend les intérêts de Saint-Chamond (et pas ceux de l'opposition municipale comme cela a été dit à tort, ce qui, entre parenthèses, prouve que de son côté le PS ne se prive pas de l'ouvrir, même quand il ne sait pas...)
Les dirigeants socialistes ignorent-ils que les Saint-Chamonaises et Saint-Chamonais sont nombreux à ne pas savoir ? A ne pas connaître parfaitement l’ensemble des choses publiques ?
Ces Saint-Chamonaises et ces Saint-Chamonais sont-ils alors condamnés à se taire ? L'absence de savoir ou une instruction imparfaite imposent-elles par extension le silence et l’autocensure ? Et le cas échéant, qui s'autorise à donner cet ordre ?
Voyons, chers camarades, est-ce donc cela la conception socialiste de la démocratie à Saint-Chamond ?
Ce n’est, en tout cas, pas la mienne.
Et ce n’est assurément pas la conception de celles et ceux pour qui les libertés d’opinion et d’expression sont des droits inaliénables, celles et ceux pour qui un mandat électif n’est pas un privilège d’ordre divin interdisant toute critique, celles et ceux pour qui la dénonciation d’un système défaillant, aussi agaçante soit-elle, est d'abord salutaire et indispensable pour autant qu’elle ne porte pas atteinte à l’intégrité des personnes.
Pour toutes celles et tous ceux qui sont attachés au progrès, c’est à dire pour la grande majorité des couramiauds, quand on ne sait-pas, on ne se tait pas ; au contraire, on sort de son silence, on interpelle, on pose des questions pour apprendre. Et, la vérité n'étant pas construite d'un seul tenant, on enrichit son savoir de la diversité des choses entendues.
S’exprimer dans le strict champ démocratique n’est pas un danger pour la démocratie. Le danger réside au contraire dans tout ce qui nourrit le spectre de la pensée unique : la peur des questions qui dérangent, le refus d’apporter des réponses parfois impopulaires ainsi que l'aseptisation des idées et l’uniformisation des discours qui en découlent.
Là se trouve le terreau du totalitarisme, là se fait le lit des extrêmes.
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